Chaque année on fait ce pari : monter une pièce en 15 jours et la présenter sur les places des bourgs. Chaque fois, c'est épique ! Je donne le texte en juin en recommandant qu'il soit su début juillet. Mais personne ne le sait jamais. Je ne m'inquiète pas : je les connais. On organise des dîners, des feux de bois sur les plages et on parle de la pièce. Il faut séduire tout le monde, il y a celui ou celle qui n'aime pas la pièce mais qui ne l'a jamais lue. Le temps passant et chaque jour amenant une soirée, par groupe de deux ou trois, on cerne la pièce. La dramaturgie entre, le comique apparaît. Vers trois heures du matin un copain débloque et enfile une robe ou met un chapeau, trouve une voix extraordinaire et c'est parti... le premier personnage qui entraîne les autres est né. Il y a les studieux qui bossent leur texte dans leur coin et souffrent de l'incompétence des autres mais tout se passe dans la bonne humeur. Quelques éléments de décor surgissent, sortis de rien, un effet de lampe, trois conneries qui fonctionnent, c'est bon. La question, c'est toujours : "Qu'est-ce qu'on va monter l'année prochaine ?"



On a monté comme ça, au rush : Voyage en Orient d'après Gérard de Nerval, Le Concile d'Amour d'Oscar Panizza, Opérette de Witold Gombrowicz et, cette année, Les Bons Bourgeois de René de Obaldia.



L'homme de main c'est Romain, l'air de rien, il bidouille, il invente, sans se prendre le chou, il est génial. Il fourre tout dans sa bagnole, on croirait toujours qu'il a oublié quelque chose, en vérité il a oublié quelque chose, mais d'un coup de genou ou d'un tour de manivelle à vapeur, il est là et sort tout de son chapeau !



C'est lui, Maro ! C'est mon frère.



Cette année, Vedna nous a rejoint. Rencontrée un dimanche matin dans un troquet à Peyrat. Il n'y avait pas de lait à la maison, j'avais la flemme de faire du café. J'ai décidé d'aller à Peyrat à pied prendre mon café, servi tout chaud à l'hôtel de France. Elle était au comptoir avec son copain du moment. On a parlé. Théâtre. Théâtre ? C'est OK. Elle nous a amené le petit Clément, un pote à elle. La compagnie s'était aggrandie.



L'homme de main, c'est Romain, puis il y a Betty, Emilie, Rémi, Clém's, Matthieu et Stéphanie, Florian, Solène, Vedna maintenant, Toby de temps en temps, Nikko aussi, Agathe mais pas cette année, son boulot ne le permettait pas, et Baltha.



Parlons-en de celui-là ! Il ne joue pas encore avec nous mais je sens que ça va venir. Il est partout, tout le temps. Il nous aime. On a un bon bout de chemin à faire ensemble ! Notre compagnie c'est ça. On partage tout. C'est une famille.



Pas de discours artistique ; on suit cette phrase immuable d'Artaud : "L'art, ce moyen fraternel de partager la vie !"et c'est tout. On se suit, on vit ensemble. Manger un pain au chocolat ou manquer de farine pour faire les chiapas devient une histoire commune. On ne regarde pas la télé, on n'écoute pas la radio, on lit les journaux quand on a un article dedans. Par contre on garde comme une relique un bout de bois sculpté un soir devant la cheminée, une aquarelle faite rapidement en terrasse, des capsules de bière agencées en statuette, des plumes d'oiseaux, un vêtement dingue, une rhombe, des tubes à musique, du papier doré.